Peut-être avez-vous déjà entendu dire que, selon les pays, et les cultures, certains termes génériques peuvent avoir des dizaines de variantes pour décrire leurs nuances en détail.

Ainsi, on dit que les Inuits ont des dizaines de mots pour désigner la neige et la glace : la neige qui tombe, la neige au sol, la neige cristalline sur le sol, la neige pour faire de l’eau, la glace en général, la glace d’eau douce, la glace pour boire, la glace pilée pour faire des mojitos, la bouillie de glace au bord de la mer, la neige dans laquelle on s’enfonce…

Point météo

Mais pourquoi partir si loin ? Prenons un de nos bulletins météo : même s’ils peuvent parfois paraître abscons, ils ne laissent rien au hasard. Et pourtant, y a-t-il une différence entre brume et brouillard ? Et entre averse et pluie ? Et les giboulées et les averses hivernales ? Et pourquoi les précipitations modérées sont en fait soutenues ?

Chaque terme qualifie un type de précipitations bien défini, même si dans le langage courant, certains semblent interchangeables. Voici un petit tour météo (non exhaustif et très vulgarisé) pour démêler le plus gros…

Tout d’abord, en géographie, la pluie est une des cinq catégories de précipitations (du latin praecipitatio = chute), classées selon différents facteurs : diamètre des gouttes, vitesse du vent, température, pression ou conjonction de plusieurs facteurs.

Averse ou pluie, une appellation d’origine contrôlée

Ondée, grain et pluie. Leur différence peut paraître évidente… et pourtant! L’averse se distingue de la pluie surtout par son origine. Si les précipitations tombent d’un cumulus ou d’un cumulonimbus (nuage convectif), il s’agit d’une averse, d’un grain ou d’une ondée (trois synonymes).

En revanche, si les précipitations viennent d’un nuage stratiforme (stratus, stratocumulus, altostratus, nimbostratus), c’est qu’il pleut !
Évidemment, il y a aussi la définition des météorologues, une averse dure moins d’une heure, chronomètre en main. Au-delà, c’est une pluie continue, quel que soit son nuage d’origine !

Quant à la fameuse « zone de pluie qui traverse notre pays », c’est une locution utilisée par les médias pour annoncer des averses !

Spécificités linguistique - Averse

 

Giboulées (pas que de mars) et averses hivernales

Le distinguo est assez complexe : la giboulée (qui ne tombe pas qu’en mars) est une grosse averse de pluie, parfois accompagnée de neige et de grêle. Quant à l’averse hivernale, elle est difficilement définissable : s’il s’agit d’une averse composée de particules de glace, il n’est pas possible d’en définir sa nature exacte : grésil, neige, neige fondante, neige roulée…

Pluie, bruine et crachin

La bruine et le crachin sont des phénomènes identiques, nés généralement d’un stratus et produisant de très faibles quantités d’eau.

La différence entre pluie et bruine/crachin tient à la grosseur des gouttelettes et à leur vitesse de chute : le diamètre maximal de la goutte d’une bruine atteint 200 µm et sa vitesse de chute 2,5 km/h. Côté goutte de pluie, le diamètre monte jusqu’à 5000 µm et la vitesse de chute à 32 km/h !
Pas évident de noter la différence à l’œil nu, mais avec des lunettes, si ! Les gouttes de bruine apparaissent comme de minuscules petits ronds alors que la forme des gouttes de pluie est beaucoup plus imposante.

Évidemment, une conjonction des phénomènes reste possible. On parle alors de mélange pluie/bruine si la pluie prime et de mélange bruine/pluie si la bruine est prépondérante.

Neige en grain, granule de glace, grêle (et ses grêlons), grésil, neige roulée, poudrin de glace

La distinction entre ces six formes de précipitations de glace est parfois très ténue, mais réelle !

Par ordre de citation :

  • La neige en grain : particule de glace blanche et opaque, d’un diamètre inférieur à 1 mm, quand elle touche le sol, elle ne rebondit pas.
  • Le granule de glace : particule de glace transparente, d’un diamètre inférieur à 5 mm, il rebondit sur le sol en faisant un petit bruit.
  • Le grêlon : particule de glace en tout ou partie opaque, de diamètre moyen compris entre 5 et 50 mm, il rebondit sur un sol dur !
  • Le grésil : particule de glace translucide, dont le diamètre peut atteindre et dépasser 5 mm, c’est l’état secondaire entre neige roulée et grêlon.
  • La neige roulée : particule de glace blanche et opaque, d’un diamètre compris entre 2 et 5 mm, elle rebondit sur le sol mais se brise facilement.
  • Enfin, le poudrin de glace : particule de glace non mesurable car trop petite, il semble flotter dans les airs et apparaît souvent lors de périodes de grand froid.

 

Chute de neige

 

Nébulosité

Très usitée en météorologie, la nébulosité se définit par une couverture nuageuse, qui peut être variable ou abondante, soit un ciel nuageux à très nuageux…
Pour classer la quantité de nuages dans le ciel, les météorologues ont inventé une unité de mesure : l’octa. Un octa correspond à un ciel dont 1/8e de la surface est occupé par des nuages. Zéro octa correspond donc à un ciel « serein » (dé-ga-gé) et au-delà de huit, à 9 octas, le ciel est invisible, obscurci par le brouillard.

Spécificités linguistiques - Point météo

Transition toute faite vers la brume et le brouillard

Quelle est la différence entre brume et brouillard ? Leur formation ? Leur épaisseur ? Leur dissipation ? En fait, ces deux phénomènes sont quasiment semblables à un détail près : la visibilité.

Du point de vue météorologique, la brume nous enveloppe une fois la visibilité réduite à 5 000 mètres. On parlera de brume si l’humidité relative est supérieure à 80 % et de brume sèche si l’humidité relative est inférieure à 80 %. Sortez vos hygromètres !

Le brouillard, quant à lui, nous tombe dessus lorsque la visibilité est réduite à 1000 mètres ou moins. Le brouillard givrant fait son apparition lorsque la température descend sous 0 °C.

Facteur d’intensité

Trois termes permettent de décrire l’intensité des précipitations : faible, modéré et fort. Tout le monde s’accorde sur ce que signifie faible ou fort, mais le terme modéré prête ici à confusion !

Ne recommande-t-on pas de boire des mojitos avec modération pour préconiser la retenue ? En météorologie pourtant, cet adjectif caractérise une intensité de pluie assez soutenue ! Une private joke entre météorologues, peut-être ?…

Le vent

Terminons, brièvement, avec le vent qui a lui aussi ses facteurs d’intensité, dont les premiers niveaux sont presque identiques à ceux des précipitations, avec cependant une nuance : « assez fort ». En vitesse moyenne, exprimée en km/h et sans tenir compte des rafales de vent, cela donne :

Vitesse moyenne Intensité du vent
Entre 0 et 6 km/h faible
Entre 12 et 39 km/h modéré
Entre 40 et 50 km/h assez fort
Entre 51 et 74 km/h fort
Entre 75 et 87 km/h très fort
Supérieure à 87 km/h violent

 

 

 

 

 

 

Au-delà, on parlera de tempête, mais c’est une autre histoire…
Décoiffant, non ?

Preuve, s’il en fallait, que le français possède un vocabulaire riche et précis concernant le ciel qui nous tombe sur la tête. Impossible de reporter ici tous les termes utilisés par les géographes et météorologues, mais on ne pourra plus dire que parler de la pluie et du beau temps relève du bavardage, le small talk comme on dit en anglais.

Pour approfondir :

http://www.meteofrance.fr/prevoir-le-temps
https://fr.wikipedia.org/wiki/Octa_(unit%C3%A9)
http://sweetrandomscience.blogspot.com/2013/05/molecules-manchots-et-tension.html

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